Combaillaux - Grabels - Les Matelles - Montferrier sur Lez - Murles - Prades le Lez - Le Triadou
St Gély du Fesc - St Clément de Rivière - St Vincent de Barbeyrargues

Slider
GD Rameaux 335x360
dessin de Georges.D.
Une page d'accueil spéciale et provisoire pendant la période que nous vivons.
Les rubriques ci-dessous sont proposées exceptionnellement pour cette période;vous pouvez retrouver les rubriques habituelles en  cliquant ici-
Dispositions particulières et provisoires dans nos églises : cliquer ici

Homélie pour les Rameaux

5 avril 2020
par Guy Cathébras, diacre
téléchargeable en format pdf (pour relire ou l'imprimer pour une personne qui ne pourrait pas le lire via internet par exemple)
 

Année A, dimanche des Rameaux et de la passion, 5avril 2020, Confinés

Évangile selon saint Matthieu, 21, 1-11. « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Livre d’Isaïe, 50, 4-7. « Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu »

Psaume 22, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Lettre de saint Paul aux Philippiens2, 6-11« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté »

La Passion selon saint Matthieu, 26, 14 – 27, 66. « Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix.C’est pourquoi Dieu l’a exalté :il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom »

Un tombeau fermé par une pierre, des femmes qui observent, des scellés sur la pierre et, enfin, des soldats qui montent la garde.Le dernier mot de la Passion, c’est le silence de la mort. Finalement, les adversaires de Jésus ont gagné. Bien sûr, nous connaissons la suite de l’histoire, mais il importe de prendre la mesure de cette victoire apparente du mal et de la mort pour goûter pleinement la joie de la résurrection.

Dans cette idée, j’aimerais méditer aujourd’hui avec vous sur notre complicité avec le mal en général et dans la mort de Jésus en particulier.

Et j’aimerais le faire à partir de cette parole de Jésus, lors de son dernier repas : « Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »

C’est une parole terrible ! Si ce qui arrive à Jésus est « écrit », n'est-il pas injuste d’accabler celui qui en est l'instrument ? En allant plus loin : « Puisqu’il fallait un traître, il fallait bien que quelqu'un se dévoue pour remplir ce rôle ; finalement, dans cette affaire, c’est Judas qui est le personnage sacrifié ! » On n’a pas le droit de considérer cette réflexion comme farfelue.

Regard de Jésus

Quel regard Jésus porte-t-il sur Judas ? Remarquons d’abord qu’il ne dit pas « malheur à celui par qui le fils de l’homme est livré », il dit « Malheureux ». Il y a dans ce cri autant de compassion que de déception.

C'est le même regard, avec des nuances diverses, que Jésus pose au long de sa Passion sur Pierre en train de le renier, sur la foule en train de réclamer Barabbas à sa place, sur Pilate en train de le lâcher, sur les soldats romains en train de le bafouer, sur les chefs du peuple en train de triompher méchamment au Calvaire… C'est le même regard qu'il pose sur moi chaque fois que je suis en train de pécher.C'est aussi le regard qu'il voudrait m'apprendre à poser sur tout homme qui me fait du mal…

Responsabilité

Mais qu’en est-il de la responsabilité de Judas ? Sa responsabilité, qui est de même nature que celle de tout pécheur, de même nature que la nôtre par conséquent.

Qu'est-ce qui, d'après Jésus, a été écrit et fixé ? « Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet » Il n’est pas question de Judas, mais uniquement de la manière dont le Fils de l'homme est censé marcher.

Le projet de Dieu repose tout entier sur un certain comportement du Fils de l'homme ; et ce projet n'est pas annulé par les aspects négatifs de la réalité au milieu de laquelle il devra s'affirmer ; des obstacles s'opposant à lui sont prévus comme possibles, probables, pratiquement certains peut-être, mais jamais nécessaires ; ce qui est important, c'est que le Fils de l’homme ne se laisse pas arrêter par eux, ni détourner du comportement voulu par Dieu.

Ainsi, par rapport à ce qui est écrit et fixé du destin du Fils de l’homme, le péché de Judas, comme tout autre péché, reste extérieur ; il ne joue aucun rôle indispensable ni constructif ; il est, au contraire, ce dont on ne doit pas tenir compte, ou du moins ce qui ne doit rien modifier d'essentiel. C'est peut-être un peu difficile à saisir ; mais il en est ainsi de tout ce qui touche au mystère du mal.

Judas n'est pas la victime d'un plan cruel qui n'aurait pu se réaliser sans lui, et dont un Dieu hypocrite chercherait à lui faire porter le chapeau ! Il est malheureux parce que, dans sa liberté, il s’est opposé à l'amour.

Il est « celui par qui le Fils de l’homme est livré ». Ce n’est pas Judas qui tue Jésus, mais il est l’acteur principal de l’une des étapes qui mènent Jésus à la croix.La question qui se pose là est celle de l’articulation de notre libre responsabilité avec un ensemble complexe de causes.

Prenons l’exemple d’une équipe de sauveteurs qui arrive sur le lieu d'un accident ; elle est envoyée, et téléguidée, par quelque régulateur du SAMU ; cependant, chacun de ses membres n'en est pas moins responsable, et ses initiatives, ou ses absences d'initiative, ont souvent des conséquences décisives.

Il en est de même de notre propre responsabilité dans tout ce que nous faisons de bien. Et la contrepartie est vraie. Chacun de nos péchés, tout en étant pleinement nôtre, nous inscrit dans une immense machinerie perverse, ou pervertie, et nous en fait les rouages.

La chaîne des causes qui aboutit à la mort de Jésus, et dont Judas est l’un des intermédiaires, doit être regardée sous cet éclairage. Il y a une réalité qui nous dépasse tous, disons supra-individuelle, qui est le péché humain ; chaque pécheur, c'est-à-dire chaque homme, chaque femme, moi comme Judas, en est à la fois le collaborateur pleinement responsable pour sa part et le jouet totalement dépassé.

Mais Dieu reste le maître :le péché de Judas et le péché des grands prêtres sont l’occasion de faire monter Jésus jusqu'au sommet de l'amour, avec toutes les conséquences immenses que Dieu tirera de là. C'est ce que Paul tentera d'exprimer, à sa manière plus vigoureuse que rigoureuse, quand il dira (Rm 8, 32) que Dieu en personne « a livré son Fils ».Il dira aussi deux fois que Jésus « s'est livré lui-même » (Ga 2, 20 ; Ep 5, 25) et, enfin, qu'il « s'est livré à Dieu » (Ep 5, 2).

Alors, livré à Dieu, ou livré à ses ennemis ? En réalité, l'un et l'autre, et l'un par l'autre. Judas, s'il sert d'intermédiaire aux forces du mal pour leur donner accès au corps vulnérable de Jésus, sert aussi d'intermédiaire à Jésus pour lui permettre de réaliser la totale offrande de lui-même à son Père. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers : tourner les conséquences du mal, de notre péché, en un bien plus grand encore.

Ainsi, en méditant la Passion, nous pouvons nous identifier à n’importe lequel de ses acteurs : les forces et les choix qui s'entrecroisent en chacun d'eux s'entrecroisent aussi en nous, comme en chacune des personnes à qui nous avons affaire.

La Passion de Jésus, se joue réellement au plus intime de notre cœur.

 

Relire l'Homélie du P. Jesus David du 29 mars

Relire l'homélie de Thierry Durroux, diacre, du 22 mars